NB: histoire réellement vecue. J'ai juste changé de nom à la dame.
Il n'y a plus grand monde à Paris en ces premiers jours d'août. Monsieur x, le père de mon copain, congédié par sa maîtresse, se mure dans le silence. Et mes parents s'envolent le lendemain pour la Grèce, sur l'île de leurs premiers amours. Mais Mélody, notre chauffeuse et mère de mon copain Rémy, n'a plus le coeur solitaire.
Elle chantonne comme elle peut l'air de "Like a virgin" de Madonna, entendu au pub de Portree et dont elle a acheté le CD à l'aéroport de Heathrow. Elle semble vouloir envahir notre appartement décoré d'un tartan, un grand carré aux couleurs des MacPherson.
Le téléphone sonne. Comme d'habitude, personne ne répond, juste une respiration. On raccroche. Elle appelle à son tour son mari sur son portable. Glaciale:
_ Je voudrais que tu demande à ta maîtresse d'arrêter de me téléphoner.
_ Je sais bien, mais qu'y puis je?
_ Tu lui as dit que c'est terminé ou quoi? Réponds!
_ Quoi donc?
Silence. Il raccroche sans rien dire.
Elle se dirige vers la fenêtre, déplace légèrement le rideau; la Mercedes est là, devant, garée, silencieuse...
On sort. J'ai un rendez-vous avec son fils, à côté du Louvre.
La conductrice de notre voiture dirige les yeux rivés sur la foto de son enfant Rémy tout en allumant une cigarette. A la faveur de ce bref éclairage, Madame Mélody croise mon visage, ses yeux gonflés de larmes... expression douloureuse... Elle ne sait pas que j'ai rendez-vous avec son fils. Elle doit m'accompagner quand même...
La nuque de la femme au volant tressaille légèrement. Elle se decide à parler d'une voix rauque:
_ Ce n'est pas fini. Ce ne sera jamais fini...
_ De quoi, Madame?
_ Tu es trop froid et dur envers moi, Eros! Et pourtant l'on dit que les italiens sont chaleureux...
_ Madame, je suis désolé mais je ne comprend pas...
_ Mon mari... ce n'est pas lui le problème... Mon obsession c'est toi, Eros!
_ De quoi??? Moi?
_ Tu es très beau. Tes parents peuvent être fiers de toi. J'avais tellement envie de rester toute seule avec toi, les yeux dans les yeux!
_ Pfff... qu'est-ce que vous dites?
_ Tu ne peux pas comprendre...
Elle défait son soutien-gorge et lève sa jupe en faisant apercevoir la dentelle noire de sa culotte. Je suis frappé de terreur.
_ Je suis une femme trop seule, Eros!
_ Mais ... mais ... mais ... il vous reste votre enfant, madame...
_ Oh, mon enfant... il part tous les soirs... il a déjà trouvé sa vie, je crois, il ne perd pas son temps, lui!
_ Ah! OK! ... et mm ... et ... moi ... moi je ne peux pas perdre mon temps non plus, m..madame ... arf
_ Tu me permets que je t'embrasse, Eros?
_ Mais NON !!!
Elle ouvrit la portière et resta un long moment sur le trottoir, juste à côté de la voiture.
_ L'orage est trop violent. Je m'inquiète pour la voiture de ton père. Je ne peux pas t'accompagner jusqu'au Louvre!